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Alfred Nakache, le nageur d’Auschwitz


Alfred Nakache, nageur emblématique, à la carrière sportive impressionnante et rattrapé par les pages les plus sombres de notre histoire.

Sa vie retracée dans ce documentaire riche en archives et témoignages. Sortie en DVD cette semaine.

Alfred Nakache était un phénomène. Adolescent, il quitte son Algérie natale pour aller s’entraîner à Paris et entamer une brillante carrière de nageur. Très vite, il collectionne les podiums et les records. Il devient un champion, une vedette. La guerre survient, puis l’exode en zone « non occupée », l’arrestation à Toulouse et les camps. Toute sa vie est bouleversée mais lui ne change pas, humain dans les bassins, humain dans la vie, humain dans les camps.

Le retour à la liberté est difficile, sa femme et sa fille ne reviendront pas de Buchenwald, mais sa force vitale est hors du commun. Il la mobilise tout entière en vue de la reconquête de ses titres. Et il y parvient. Titres et records pleuvent à nouveau : deux records du monde, un record d’Europe, deux records de France ; et il est champion de France à cinq reprises. La trace que Nakache laisse sur la terre dépasse largement le domaine sportif, il est à lui tout seul un symbole de vie.

Mais on lit bientôt dans une certaine presse française que le champion « souille les eaux des piscines françaises ». En 1943, il est arrêté par la Gestapo et transféré à Drancy avec sa famille. Il est ensuite déporté à Auschwitz où sa femme et sa fille vont trouver la mort. Transféré à Buchenwald, il sera libéré en 1945.
De retour en France, il reprend aussitôt l’entraînement et redevient champion de France à 31 ans avant de battre un nouveau record du monde.

Alfred Nakache, Le Nageur d’Auschwitz est un film édifiant qui au travers d’interviews, de témoignages, d’articles de presse et d’images d’archives, rend hommage à ce sportif au destin exceptionnel qui croisa la folie des hommes.
Au fil de ce voyage, des proches, amis, parents, coéquipiers, compagnons de déportation se souviennent des moments drôles ou tragiques partagés avec celui qui, selon un des témoins, « marchait comme Charlie Chaplin, riait comme Henri Salvador et nageait avec passion. »

Si les Toulousains fréquentent la piscine Nakache, connaissent-ils pour autant l’étonnant destin d’Alfred Nakache dont le nom fut donné, après la Libération, à la piscine d’hiver du Parc municipal des sports.

Rien ne prédestinait le futur champion à s’enraciner dans la « ville rose » aux Dauphins du TOEC. Né en 1915, dans la communauté juive de Constantine, alors française, surnommée  La Petite Jérusalem en raison des liens très forts d’immigration avec la Terre promise, le jeune Nakache se découvre de réelles qualités physiques pour la natation. Afin d’aller au bout de sa passion, il rejoint Paris, en 1933. Il a 17 ans. Deux ans plus tard, il décroche son premier titre de champion de France. Tout en intégrant l’Ecole normale supérieure d’éducation physique (ENSEP), le jeune nageur profite de la politique sportive du Front Populaire. Sélectionné aux JO de 1936, à Berlin où il ne put donner la mesure de son talent, Nakache appartient à cette génération de sportifs dont la carrière fut brisée à cause de la politique et de la guerre. Et ce, alors qu’il s’était affirmé entre 1937 et 1938 comme un athlète de premier plan, de surcroît très populaire dans la presse sportive.

Dès le début de l’Occupation, quand Pétain abolit le décret Crémieux, le champion Nakache, plusieurs fois primé, est déchu de sa nationalité française. Il décide alors de se réfugier, avec sa femme, en zone non occupée, à Toulouse dans le quartier Saint-Cyprien où il bénéficie des solidarités du milieu sportif. Il est accueilli, en 1941, par l’entraîneur Albin Minville dans le club du TOEC, fondé en 1908. Dans ce milieu chaleureux, il poursuit la natation, diversifie ses nages tout en améliorant sa technique. Le club lui fournit aussi un travail comme responsable d’une salle de sport, rue Paul-Féral.

Denis Baud reconstitue les étapes vers l’enfer, la séparation de la famille, la chambre à gaz pour sa femme et sa fille alors que sa constitution physique sauve le nageur. Matricule 172763.

Film de Christian Meunier

Paru en 2001
Durée: 52 minutes

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