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Revue de presse


Les INROCKS, le FIGARO, le MONDE, le JDD et le NOUVEL OBS : petite revue de presse sur le LE VOYAGE DU DIRECTEUR DES RESSOURCES HUMAINES, le nouveau film d’Eran Riklis en salle depuis mercredi.

Eran Riklis, LE VOYAGE DU DIRECTEUR DES RESSOURCES HUMAINES

voyage du directeur des ressources humaines

de Eran Riklis

Logo les Inrock

Un équilibre parfait entre drame et comédie.

Dans la plupart de ses films, Eran Riklis illustre avec un grand sens de l’œcuménisme les chocs de cultures, opposant des antagonistes parfois hostiles qui sortent grandis et changés de l’affrontement. La discorde israélo-palestinienne était bien sûr au centre de son précédent film, Les Citronniers. Mais cette situation est devenue pour lui une grille de lecture générique des relations humaines, quelles qu’elles soient.

Dans Le voyage du directeur des ressources humaines, le principe global reste identique, mais la rencontre entre deux univers est plus inattendue. Le film débute en Israël et se poursuit en Roumanie, où le personnage-titre, employé dans une grande boulangerie industrielle de Jérusalem, est chargé de convoyer la dépouille d’une employée roumaine victime d’un attentat terroriste. Grâce à cette projection géographique, le film perd le côté un peu systématique de Citronniers, au dispositif très symbolique et dessiné. D’autant plus qu’il s’agit d’un road-movie, genre où le documentaire empiète constamment sur la fiction. [..]

Une intéressante symbiose s’opère entre l’autodérision israélienne et l’ironie grinçante du cinéma roumain, qui contamine le film. Le mélange de ces deux modes d’expression latino-méditerranéens est optimal. La grisaille intense de la réalité roumaine, scorie non résorbée du communisme, accentue le contraste avec le propos gentillet (le fait d’être confronté à nue situation tellement tragique relativise les problèmes du DRH, qui se réconcilie avec sa femme).

Evidemment il y a aussi des raccourcis pittoresques, inévitables chez Riklis (la musique de Kusturica, le parcours final du DRH dans un blindé militaire) mais le contexte roumain permet au film d’éviter tout angélisme béat et de conserver de bout en bout un équilibre parfait entre drame et comédie.

Vincent Ostria

Le voyage du directeur des ressources humaines

de Eran Riklis

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Epique et bouleversant

Ce voyage-là pourrait avoir été imaginé par Ionesco tant il baigne dans l’absurde, l’humour noir et le tragicomique ! Un journaliste accuse la plus grande boulangerie de Jérusalem d’inhumanité pour ne pas avoir remarqué l’absence de Yulia. Cette employée roumaine a été tuée au cours d’un acte terroriste et son corps repose depuis un mois à la morgue.

Pour éviter le scandale, le DRH de l’entreprise (Mark Ivanir) est sommé par sa patronne de rapatrier le cercueil en Roumanie. L’homme, qui ne fait pas dans le sentiment, ni dans son travail, ni dans sa vie privée, pense régler l’affaire au plus vite. Mais il n’est pas au bout de ses peines !

Après avoir trouvé l’ex-mari et le fils de la défunte, il leur faut partir à la recherche de la mère de Yulia, la seule à pouvoir signer le permis d’inhumer ! Ils embarquent alors avec le cercueil au volant d’une vieille camionnette qui rend l’âme et terminent la route à bord d’un char d’assaut !

Le road-movie est chaotique, les péripéties nombreuses et les rencontres surréalistes. Le chemin de croix du DRH sera finalement celui d’une renaissance. Superbement émouvant.

Emmanuèle Frois

Le voyage du directeur des ressources humaines

de Eran Riklis

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La renaissance d’un égoïste.

Une femme est morte dans un attentat-suicide à Jérusalem. Son corps est à la morgue. Personne n’est venu réclamer son cadavre. On a pu l’identifier grâce à une feuille de paye qu’elle avait gardée sur elle. Un journaliste s’est emparé de cette affaire. Il dénonce l’inhumanité de l’entreprise qui l’employait, qui ne s’est pas inquiétée de son absence.

Le DRH de cette entreprise est convoqué par la patronne qui le charge d’identifier cette mystérieuse employée et de faire en sorte de redorer leur image, d’étouffer au plus vite la polémique.

Le DRH n’est pas un homme aimable. Son boulot l’ennuie, cette tâche le fait suer. Il soupçonne qu’on veuille lui faire porter le chapeau et menace de démissionner. Son enquête révèle que Yulia avait été licenciée quelques mois plus tôt sans qu’il en soit averti, qu’elle était immigrée roumaine. Le journaliste ne lâche pas le morceau. Le DRH se retrouve contraint de ramener la dépouille de Yulia en Roumanie.

Axant son discours sur la nécessaire humanité avec laquelle devaient se résoudre les conflits politiques, Eran Riklis a signé deux films attachants sur des histoires de territoires. Courtelinesque, La Fiancée syrienne montrait une jeune fille d’origine druze habitant un village du Golan occupé par les Israéliens et devant franchir une frontière arbitraire pour aller épouser son fiancé. Dans Les Citronniers, c’est une veuve vivant dans un petit village palestinien de Cisjordanie qui se retrouvait contrainte de décimer sa plantation, au prétexte que celle-ci menaçait la sécurité d’un ministre israélien qui venait de faire de la maison voisine sa villégiature.

Le « héros », cette fois, est un personnage négatif. C’est un homme qui n’assume pas ses responsabilités, ni dans sa famille (il est séparé de sa femme, sa fille le boude), ni dans son travail. Riklis a donné les rôles « responsables » à des femmes : l’une dirige l’entreprise, l’autre est consul. Ce qu’il raconte est une histoire de conversion, un voyage initiatique au cours duquel le DRH aigri endosse une mission de pénitence, apprend les vertus de l’altruisme, oublie son cynisme, son indifférence à la souffrance des autres, découvre la richesse des ressources humaines.

Le DRH est-il une métaphore de l’Etat d’Israël ? C’est ce qui était sous-entendu dans le roman d’A.B.Yehoshua adapté par Riklis, qui s’interrogeait sur la capacité d’accueil d’un pays considéré comme une terre promise et où ceux qui rêvaient de s’y installer trouvaient la mort.

Que propose Israël aux immigrés ? Un fantôme hante ce récit, celui de Yulia la Roumaine au sourire de Mona Lisa. Sa mère insiste pour que sa dépouille reparte en Roumanie. En souvenir de Yulia, ses proches veulent rester fidèles à ses désirs et ses rêves. Yehoshua ne disait pas autre chose, disant « l’urgence d’ouvrir les bâches noires qui enveloppent les cadavres au lieu de les oublier », et réclamant auprès des uns et des autres, un peu de peine et de compassion.

Jean-Luc Doui


Le voyage du directeur des ressources humaines

de Eran Riklis

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L’abracadabrante rédemption d’un DRH. Eran Riklis pose son regard acide sur Israël à travers un road-movie funéraire en route pour les Oscars.

Depuis La fiancée syrienne et Les Citronniers, Eran Riklis prend un vilain plaisir à dépeindre des aberrations bureaucratiques drolatiques, a priori invraisemblables et pourtant bien réalistes au Moyen-Orient. Oui, une jeune mariée druze peut se trouver bloquée à la frontière le jour de son mariage. Oui, la sécurité d’un ministre israélien est bien plus importante qu’une exploitation de citronniers centenaires.

Cette fois, avec Le voyage du directeur des ressources humaines, c’est la mort d’une innocente qui fait des vagues. Adaptée d’un  roman de A.B. Yehoshua, l’histoire se tisse autour d’un DRH de Jérusalem confronté à la disparition accidentelle d’une employée qu’il ne connait même pas. Problème : la presse rend l’entreprise responsable de cette tragédie. Pour sauver la face, la patronne exige que le DRH escorte dignement le corps jusqu’à son village natal, en Roumanie. Une tuile de plus pour cet homme dépassé, malheureux dans son couple et blasé dans son métier…

S’il paraît moins incisif, ce nouveau film d’Eran Riklis […] aborde pourtant un vrai souci du moment en Israël : « Comme ce DRH, ce pays sent qu’il doit absolument changer, sinon il va mourir. » Lueur d’espoir : au fil de son voyage, le DRH montre qu’il n’est pas si cynique que ça, ni indifférent aux malheurs des autres. En somme, capable d’évoluer, de gagner en profondeur.

« C’est un homme qui a du mal à comprendre sa place dans le monde. Son identité n’est pas nette. Cette dimension m’a touché personnellement », ajoute Eran Riklis. Fils d’un scientifique, le cinéaste a grandi au Brésil, au Canada et aux Etats-Unis avant de découvrir son pays natal à 16 ans, l’âge où l’on cherche à se situer politiquement ». Israélien atypique donc, mais « très sensible aux questions de l’identité et de l’engagement. » « Par la suite, je suis reparti pour étudier le cinéma en Angleterre. J’y ai été très influencé par le cinéma social. Cela a aiguisé mon intérêt pour cette interaction entre le global et le local, de plus en plus présente et déterminante dans nos vies. C’est un fait très sérieux, aussi source de burlesque. »

Alexis Campion

Le voyage du directeur des ressources humaines

de Eran Riklis

Logo Nouvel Obs

Un film drôle, humain et politique à la fois

Le DRH de la plus grande boulangerie de Jérusalem traverse une mauvaise passe : il s’est séparé de sa femme, n’est pas à la hauteur avec sa fille et déteste son job. La mort dans un attentat-suicide de Yulia, une employée d’origine roumaine dont il ne soupçonnait même pas l’existence, va changer la donne. Sous la pression d’un quotidien local qui l’accuse d’inhumanité, le voilà contraint de rapatrier le corps de la jeune femme dans son pays natal.

Eran Riklis (Les Citronniers) adapte en finesse un roman de A.B Yehoshua et signe un film drôle humain et politique à la fois. Cynisme du monde de l’entreprise, dictature du politiquement correct, mirage de l’exil, génération perdue de gosses roumains, marasme d’un pays où l’on se déplace en tank, Le voyage du directeur des ressources humaines est tout ça à la fois –un road-movie sur le retour au sens des priorités […].

Lucie Calet

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