Au sein de ses sections compétitives de 48 films documentaires inédits en provenance de plus de 23 pays différents et sa sélection, ainsi que des sections non compétitives, cette 32e édition propose quelques films qui abordent des problématiques liées à Israël
Achrey Hasof (Après la fin), Anat Even 50′- Israël- Prod: Anat Even, 2009.
Jadis les pharaons mouraient enterrés avec leurs proches. L’image d’effroi de l’emmurée vivante a, depuis, fait le bonheur des scénaristes de Hollywood. Pas de sombre descente ici au fond d’un caveau, d’étouffement sous les sables, mais la montée progressive, bloc par bloc, palier par palier, d’une tour de béton, devant une fenêtre, l’unique point de vue de ce journal filmé, jusqu’à son obstruction complète, l’ironie voulant que les ouvriers qui construisent cette tour soient des Palestiniens. Cette muraille qui se monte inéluctablement sous les yeux de la réalisatrice, mois après mois, ne lui bouche pas simplement la vue, elle l’enferme dans ses souvenirs, au plus profond de sa douleur, après la mort de son frère, potier, sculpteur – et copropriétaire. Avant d’effacer la mémoire même du lieu – celle du quartier, de ses implantations anglaise, allemande, juive, arabe, celle de la maison (construite par une famille palestinienne et abandonnée en 1948), celle d’Udi, le frère (présent de deux façons, d’une part par des images de la végétation foisonnante de la cour, fleurs et arbres fruitiers, son oeuvre rasée par les pelleteuses du chantier, d’autre part par des extraits de films). Mais ce sur quoi cette fenêtre se ferme bien plus encore que sur le souvenir du frère, encore présent à l’image, ombre récurrente, c’est sur une voix, une voix qui nous parle de ce qui n’est plus, sans corps, sans image – d’outre-tombe… (Yann Lardeau)
Séances
• Vendredi 19 mars 2010 à 17h00 – Cinéma 1
• Dimanche 21 mars 2010 à 16h45 – Petite Salle
• Lundi 22 mars 2010 à 13h00 – CWB
Chic Point. Fashion Show For Israeli Checkpoints, Sharif Waked 7′ – Israël, 2003
Ironie visuelle.
Séances
• Samedi 27 mars 2010 à 11h45 – Cinéma 1
L’ Authentique Procès de Carl-Emmanuel Jung, Marcel Hanoun 66′- France- Prod: Hanoun Productions, 1966.
Reconstitution imaginaire du procès de Carl-Emmanuel Jung, criminel de guerre, prévenu libre, jugé vingt ans après pour ses crimes.
Copie restaurée par la Cinémathèque française
Séances
• Dimanche 21 mars 2010 à 16h00 – Musée d’Art et d’histoire du Judaisme
• Samedi 27 mars 2010 à 14h00 – Cinéma 2
Elie et nous, Sophie Bredier 69′- France- Prod: Agat Films, 2010.
Ancien déporté d’Auschwitz, Elie Buzyn s’est fait enlever, en 1956, le matricule que les Allemands avaient tatoué sur son bras. À sa place, aujourd’hui, une cicatrice blanche, plissée, comme une brûlure ancienne, la marque d’un fer. Le bout de peau avec le tatouage, Elie l’a gardé précieusement, enveloppé dans un mouchoir. Mais un jour, on lui vole sa veste avec, dans sa poche, le précieux « parchemin ». Ce jour-là, le monde d’Elie s’effondre. Non seulement le passé remonte – mais surtout la disparition de la marque du bourreau met à jour une blessure symbolique plus profonde, une aliénation plus sournoise, caractéristique de la perversité de la solution finale. Elie est convaincu qu’on lui a volé son existence en lui volant ce bout de peau, alors même que c’est cette marque qui l’a privé de sa vie, il y a soixante ans. Il vit comme une trahison ce qui devrait être une délivrance, comme le lui suggèrent sa femme, ses enfants, ses amis… La perte de ce tatouage ne l’a-t-elle pas arraché définitivement à l’emprise des camps, en le ramenant à un état antérieur, d’avant le nazisme ? Pour Elie la question est autre : comment transmettre son histoire sans cette preuve ? Une idée germe petit à petit en lui, monstrueuse, dévorante : se refaire tatouer à l’identique à partir d’une photo et se faire enlever à nouveau le fragment de peau. Mais un faux tatouage peut-il encore témoigner de la réalité de l’événement ? Ne risque-t-il pas au contraire de contaminer celle-ci de sa fausseté ? (Yann Lardeau)
Séances
• Jeudi 18 mars 2010 à 21h00 – Cinéma 1
• Vendredi 19 mars 2010 à 14h45 – Petite Salle
• Lundi 22 mars 2010 à 11h30 – Petite Salle
Happy End, Szymon Zaleski 50′- Belgique, France- Prod: Margo Films, Gsara, CBA – Centre de l’Audiovisuel à Bruxelles, 2009.
La maladie est une bonne mesure de l’amitié et de l’égoïsme humain. Jamais on ne se sent aussi seul, abandonné qu’alors. Happy end de Szymon Zaleski est un catalogue loufoque des fausses pistes que la générosité humaine prodigue sans compter quand on se débat dans une situation désespérée et qu’on cherche en vain une issue. Le mal, ici, c’est un cancer teigneux, fidèle compagnon autant qu’indésirable qui s’accroche et croît, quelles que soient les médecines employées. Les bonnes volontés ne manquent pas autour de Szymon, mais c’est pour constater leur impuissance mutuelle. À commencer par les médecins, barricadés derrière leurs ordinateurs et autres scanners, incapables de se prononcer. Viennent ensuite les conseils des amis, plus absurdes les uns que les autres, où se devine une envie pressante de se débarrasser d’une demande trop lourde à porter. Les chamanes des Andes et autres charlatans se succèdent à son chevet, en vain. Faute de guérir, sa maladie fait beaucoup voyager Szymon Zaleski, d’un continent à l’autre, d’un guérisseur à l’autre, mais aussi dans le temps, dans l’imaginaire, dans des films de fiction où il a pu se dédoubler, dans des archives de vols spatiaux donnant l’illusion d’être libéré de son corps. Mais la maladie ronge même les rêves les plus enracinés. L’entraînement des cosmonautes russes préfigure les scanners et autres instruments de torture de la médecine actuelle. Les médecins y ont des sourires de bouchers. Autour de Szymon, l’horizon ne cesse de s’élargir tandis que son corps rétrécit à vue d’oeil… (Yann Lardeau)
Séances
• Dimanche 21 mars 2010 à 17h00 – Cinéma 1
• Mercredi 24 mars 2010 à 18h45 – Petite Salle
• Jeudi 25 mars 2010 à 10h00 – CWB
Retrouvez la bande annonce ici : http://www.blog.cinereel.org/mot1451.html?lang=fr
Ces sections compétitives complètent une programmation de films documentaires riche de nombreuses rétrospectives, d’hommages, de séances spéciales, de rencontres avec les cinéastes…
Sur le site internet vous allez pouvoir consulter le programme complet du festival.
Cinéma du réel, du 18 au 30 mars, centre Pompidou
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