Actualités

Les Papys font de la resistance


C’est le 29 octobre que sort sur les écrans français Canailles connection, la nouvelle comédie de Reshef Levi.

C’est en puisant dans les souvenirs de son enfance que le cinéaste israélien a imaginé l’intrigue du film. Cette histoire de vieux messieurs cambriolant une banque rappelle en effet la propre histoire du père du réalisateur :

Ça me renvoie à l’époque où il était braqueur de banques lui-même et membre de l’organisation Lehi…explique-t-il.

Ce groupe armé, formé dans les années 40 avait pour objectif de mettre un terme par la force au mandat britannique sur la Palestine, favorisant ainsi l’émigration juive dans la région et de fait la création d’un état hébreu… Même si de multiples allusions à ce combat parsèment malicieusement les dialogues du film, le réalisateur a tout de même volontairement placé son intrigue sous le signe de la comédie !

Après avoir fait ses classes au théâtre, Reshef LevI signe en 2008 un premier film remarquable, Mes plus belles années, qui revient de façon nostalgique et amère sur les années 80, époque dorée de l’avant-guerre du Liban. Il a également travaillé avec succès pour la télévision avec la série Case closed, programme devenu culte auprès de la jeunesse. Avec Canailles connection, il franchit un nouveau cap, obtenant un immense succès populaire : plus de 200 000 entrées en Israël, score colossal. Le film s’est même offert le luxe de déloger Moi moche et méchant 2  et Lone ranger de la première place du box-office local lors de sa sortie en juillet 2013 ! Mieux, de nombreuses distinctions sont venues saluer le travail de Levi : 7 nominations aux Israeli Academy Awards, une sélection au prestigieux festival de Palm Springs et Mimosa d’Or du festival du film israélien de Nice en 2014…

Comment expliquer pareil accueil ?

D’abord parce que, sous couvert de l’humour, l’histoire aborde des thèmes plus difficiles comme la culpabilité, le pardon et bien entendu la vieillesse. Eliyahu, Nick et Michael ne sont certes plus de première jeunesse mais ils ont au fond du cœur la flamme encore intacte de leurs jeunes années. Engagement politique pour les uns, amour du théâtre pour un autre : il suffit d’une étincelle (l’idée de braquer une banque par vengeance), pour raviver le feu !

Sasson Gabai (Eliyahu), est l’acteur emblématique de La visite de la fanfare, formidable film d’Eran Kolirin en 2007. Il passe ici au registre de la comédie avec une jubilation certaine, expliquant ce qui l’a attiré dans ce personnage :

C’est un grand-père au passé héroïque qui faisait partie de la Résistance juive et qui, aujourd’hui, est en train de décliner. Il est très amer et cynique mais il va faire connaissance de son petit-fils et un lien très particulier va les unir.

Eliyahu, homme abrupt voire désagréable au premier abord, cache en fait une fêlure : sa femme est hospitalisée en maison de retraite, dans le coma et l’on apprendra durant l’intrigue que ce mari soi-disant aimant n’a pas toujours été fidèle.

L’essentiel de l’intrigue réside dans le rapprochement avec ce petit-fils qui va convaincre son grand-père de cambrioler une banque » poursuit Gabai, « il s’agit d’exercer une forme de vengeance en raison de l’attitude de cette banque à l’égard de la famille » ; le ressort de départ de  Canailles connection se trouve en effet dans un drame vécu par le jeune héros du film, Jonathan, interprété par Gil Blank, épatant jeune comédien de 17 ans qui obtient ici son premier rôle au cinéma. Son père, chargé de la sécurité d’une banque, meurt d’une crise cardiaque lors d’une garde de nuit, en présence de son fils qui ne peut le sauver. À la culpabilité s’ajoute l’injustice puisque l’établissement refuse de verser la moindre indemnité… d’où l’idée du braquage ! Thème universel qui explique sans doute le triomphe public du film en Israël et son très bon accueil international pour Sasson Gabai : « En Israël, on est très limité au niveau de la langue. Elle n’est pas parlée à l’étranger comme l’anglais. Donc c’est très important de pouvoir s’exporter et atteindre un public à l’échelle internationale

Il faut évidemment évoquer le reste du casting, habilement et tendrement construit par Reshef Levi et son équipe. Dans le rôle de Nick (papy à la libido encore très verte !), les cinéphiles auront reconnu un autre ténor des écrans en Israël : Moni Moshonov. Comédien et metteur en scène de théâtre âgé de 63 ans, il s’est imposé depuis la fin des années 70 comme un des fers de lance de l’humour juif et de la satire. Le grand public l’a véritablement découvert au cinéma au début des années 2000, notamment dans Kedma d’Amos Gitai mais ses prestations dans des films comme La nuit nous appartient et Two lovers de James Gray lui ont donné une autre stature. Grimé, débitant des horreurs et disant ses quatre vérités à qui veut bien les entendre, sa performance dans Canaille connection est irrésistible.

Élément féminin de charme de l’histoire, Yael Abecassis incarne Dorit, la mère de Jonathan. Une épouse dévastée par la mort subite de son époux et qui décide de survivre, quitte à se rapprocher du directeur de la banque pourtant responsable de son deuil. Un personnage complexe, à la fois sensuel et émouvant, qui sied à merveille à cette comédienne révélée au début des années 90 par Alexandre Arcady dans Pour Sacha et passée depuis devant les caméras d’illustres metteurs en scène comme Amos Gitai (Kadosh), Radu Mihaileanu, (Va, vis et devient) ou Véra Belmont, (Survivre avec les loups). L’actrice (qui a en son temps refusé d’être une « Jame’s Bond girl » aux côtés de Pierce Brosnan), aime à jouer ce genre de femmes, plus complexe qu’il n’y paraît en échangeant avec celui ou celle qui la dirige :

Je veux apprendre de chaque metteur en scène avec qui je travaille » explique-t-elle, « désormais, je recherche avant tout le dialogue avec un réalisateur. Et je pense qu’eux aussi ont besoin de dialoguer avec leurs comédiens. J’ai eu beaucoup de chance en tant qu’actrice « méditerranéenne » de recevoir des propositions qui m’ont permis de travailler des deux côtés de ses rivages…

Le véritable plus au générique de Canailles connection, c’est évidemment la présence de Sir Patrick Stewart ! Lorsqu’il apparaît, un certain vent de folie déferle sur l’intrigue. Il faut dire que sa composition de vieil aristocrate ruiné, acteur de seconde zone et bonimenteur éhonté est un des sommets du film ! À l’origine, le rôle de Lord Michael Simpson avait été écrit pour un autre comédien, lui aussi célèbre outre-Manche, John Cleese des Monty Python. Reshef Levi s’en explique en toute franchise :

Nous avons écrit le rôle en pensant à un acteur britannique. C’était peut-être un peu prétentieux mais nous l’avons envoyé à John Cleese qui était d’accord pour le jouer mais qui malheureusement est tombé malade. Nous l’avons donc fait passer à Patrick qui a accepté de nous rejoindre…

La performance de Stewart est à la hauteur de son talent et de sa carrière. Les plus jeunes le connaissent grâce à ses rôles du professeur Xavier dans la saga X-Men ou en tant que capitaine Jean-Luc Picard dans les séries Star Trek – La nouvelle génération et Star Trek – Deep space Nine et les quatre films qui en ont été tirés mais Sir Patrick a également inscrit son glorieux patronyme dans des productions emblématiques comme Excalibur de John Boorman en 1981, Dune de David Lynch en 1984 ou Complots de Richard Donner en 1997. Il y a donc une réelle ironie à le voir ici jouer au comédien raté, tentant maladroitement de survivre sur scène en jouant une désastreuse pièce appelée « Hamlet, la revanche des Sith », lui qui s’illustra notamment dans Hamlet justement et Macbeth de Shakespeare ! L’un des moteurs de son personnage dans Canailles connection est évidemment le barrage de la langue : Simpson ne parle pas un traître mot d’Hébreu !

C’est une des principales sources de comédie du film » confirme-t-il, « ça raconte l’histoire de trois vieux messieurs, l’un étant anglais, qui accompagnés d’un adolescent décident de braquer une agence bancaire de Jérusalem. En un sens, c’est un film de « casse » et toute la préparation de ce cambriolage est tout simplement formidable …

|
 

Haut de page ↑

A propos

Judaiciné est une agence conseil (réalisation, programmation, distribution),
créateur d’événements (avant-premières,festivals, colloques),
producteur de contenus multimédia (internet, radio, presse),
Judaiciné met en relation les créateurs, les œuvres et les publics.

Newsletter