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Telerama regarde le cinéaste Raphaël Nadjari au fond des yeux


Le journal Télérama a publié ces derniers jours un reportage sur le nouveau cinéma israélien et un long article sur le cinéaste Raphaël Nadjari et cite judaiciné comme site d’information sur le cinéma israélien…

 

Un cinéaste au fond des yeux : Raphaël Nadjari

Quel est le dernier film qui vous ait fait pleurer ? Un gros plan qui vous subjugue ? C’est un questionnaire intime, cinéphile, soumis à des réalisateurs qui nous sont chers pour mieux cerner la passion qui les anime. Aujourd’hui, c’est au tour du français Raphaël Nadjari (“I’m Josh Polonski’s Brother”, “Avanim”). Il sera présent au Forum des images à Paris, dans le cadre de la rétrospective « Tel Aviv, le paradoxe », pour y présenter son documentaire, “Une histoire du cinéma israélien”.

Né en 1971, Raphaël Nadjari passe son enfance entre Marseille et Strasbourg où il étudie les arts plastiques. En 1998, il s’expatrie à New York où il tourne son premier long métrage, The Shade (1999), une adaptation libre d’Une femme douce, de Dostoïevski. Suivront I am Josh Polonski’s brother (2001) et Apartment 5C# (2002), films noirs et poisseux sous influence Cassavetes, tournés dans les rues de Manhattan et de Brooklyn. En 2003, Nadjari part s’installer en Israël, où il vit toujours. Il réalise à Tel-Aviv Avanim, en hébreu. Puis il tourne Tehilim à Jérusalem. Il signe, en 2009, Une histoire du cinéma israélien, un documentaire qu’il viendra présenter au Forum des images à Paris, dans le cadre de la rétrospective « Tel-Aviv, le paradoxe » (qui s’ouvre aujourd’hui, jusqu’au 6 décembre).

Est-ce que le cinéma vous rend heureux ?
Disons qu’il produit parfois une certaine joie paradoxale avec l’intensité, la fatigue, la peur parfois aussi de ne pas toucher à la justesse du plan.

Comment reconnaît-on un de vos films ?
Par l’improvisation des acteurs.

Quel est le premier film que vous avez vu et où l’avez-vous vu ?
Fantasia, avec Mickey en sorcier/chef d’orchestre, dans un cinéma à Marseille, au milieu des années 70.

D’où vient votre envie de faire des films ?
De la difficulté de peindre.

Quel est le film un peu au-dessus de tous les autres ?
David and Lisa, de Frank Perry (1960) découvert à New York en 1997 (l’histoire d’amour d’un jeune psychotique et d’une schizophrène dans un asile, NDLR).

Une scène que vous ne cessez de revoir ?
Il n’y en a pas. Je revois souvent certains films, comme ceux de Ozu, de Kurozawa, de Lumet, de Truffaut… Je ne peux pas être plus précis. Je ne m’attache pas. Je sais que parfois, avec Laurent Brunet, mon chef opérateur, j’ai regardé des films en boucles. On ne les imitait pas mais on cherchait à sentir des dimensions au-delà de nos limites techniques.

Une réplique qui vous vient à l’esprit ?
Dans un film de Scorsese, mais je ne sais pas laquelle. C’est une impression de réplique. On dit une phrase et puis on se la ressert en ping-pong et c’est un déclencheur. Les acteurs finissent par se battre en impro autour de la réplique. Exemple : « You are a mook. What’s a mook ? » dans Mean Streets.

Un livre que vous avez rêvé d’adapter ?
Le Ravissement de Lol V. Stein, de Marguerite Duras.

Un gros plan qui vous bouleverse ?

Le visage de Ben Gazzara dans Meurtre d’un bookmaker chinois, de John Cassavetes.

Que faites-vous quand vous ne pensez pas au cinéma ?
J’étudie. Beaucoup de DVD aussi.

Que seriez-vous devenu si vous n’étiez pas cinéaste ?
Joueur d’échecs professionnel.

Quelle étape de la réalisation d’un film vous excite le plus ?
Le montage.

Etes-vous autoritaire ?
Non, je cherche une forme d’accord, imparfait, une forme de respect mutuel. L’intermédiaire.

Quel autre artiste que vous-même auriez-vous aimé être ?
Abraham Polonski. Parce qu’au delà du fait qu’il a été blacklisté, c’était un homme qui cherchait une voix différente, une capacité d’écoute d’un consensus. Il a tenté un cinéma d’idée en creux. J’aurais aimé le connaître. Sidney Lumet aussi. Ce sont des réalisateurs formidables, intègres.

Quel film d’un autre aurait pu être le vôtre ?
Body and Soul, de Robert Rossen (1947), sur un scénario d’Abraham Polonsky.
Et Force of Evil, réalisé, lui, par Polonsky (1949).

Avec quelles œuvres autres que cinématographiques vos films entretiennent-ils une correspondance ?
Vers la philosophie, le judaïsme. En fait, je crois que derrière chaque film, se cache le petit pantin de la métaphysique. De ce que nous croyons croire, nous découvrons des dimensions qui se revèlent à nous. Des revelations dialectisées par le cinema, ce n’est pas necessairement au niveau des sujets mais dans la façon de les traiter, de faire et de défaire les concepts.

Quel est le dernier film qui vous ait fait pleurer ?

Million Dollar Baby, de Clint Eastwood (2004).

Le film qui vous donne envie de danser ?
Je suis un peu transformé par ma fille de 3 ans (rires). Avec elle, ce serait Le Livre de la jungle ou Les Parapluies de Cherbourg. Pour moi Funny Girl, de William Wyler (1968) avec Barbra Streisand.

Quel acteur regrettez-vous de n’avoir jamais filmé ?
James Caan.

Quelle musique vous a inspiré pendant l’écriture ou le tournage de votre dernier film ?
Pour mon premier (The Shade, 1999), j’aurais pu répondre, puisque c’est le musicien de mon film, John Surman. Quand j’écris, j’utilise Bach, pas du tout pour des raisons symphoniques mais pour des raisons de frappe sur le clavier. J’essaie de suivre le rythme. Pour ce qui est d’écouter de la musique proprement dit, c’est une autre histoire. C’est un moment qui ne m’invoque pas d’image, qui m’extrait des images. John Coltrane surtout.

Quelle évolution technique a changé votre travail ?
Le numérique comme multi format. On peut travailler dans n’importe quel format (film, vidéo, VHS, 35mm, photo, dessin) et tout réunir digitalement au montage. C’est aussi un moyen de travailler sur un mode progressif. Tout est devenu collage avec cette technologie.

Y a-t-il un endroit où vous avez particulièrement aimé voir un film ?
L’Odyssée, à Strasbourg, un cinéma construit dans un ancien théâtre. C’était un film des frères Coen, je crois… Miller’s Crossing. Et puis les salles d’art et d’essai en France, en général à Paris, à Strabourg et Marseille.

Quelles images regardez-vous sur Internet ?
J’utilise l’agrégateur Cooliris. Il suffit de rentrer un mot pour naviguer dans un mur d’images et de vidéos.

A quel stade de votre vie pourriez-vous envisager de ne plus faire de films ?
Quand je voudrais revenir à l’étude.

Comment définiriez-vous votre cinéma en un mot ?
Fragile

Le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein ?
Je préfèrerais plutôt une oxymore qu’une double contrainte pour remplir le vide et en finir avec le trop plein.

www.telerama.fr

PHOTO : Rapahël Nadjari – D’après une photo de Xavier Nataf pour www.judaicine.fr, site d’information sur le cinéma israélien.

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